Le cycle de vie du secteur de l’immobilier, qui englobent la construction mais aussi l’exploitation des bâtiments ainsi que la production de matériaux comme le ciment et l’acier, contribuent largement au réchauffement climatique, puisqu’elles représentent environ 40 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie et à l’industrie, dont plus des deux tiers proviennent des pays émergents. Face aux défis environnementaux et aux réglementations de plus en plus strictes, la transition écologique dans l’immobilier d’entreprise s’impose comme une nécessité. Les bâtiments durables, intégrant des certifications environnementales, des matériaux écologiques et des sources d’énergie renouvelables, ne sont plus une simple tendance, mais un critère décisif pour les entreprises à la recherche de locaux.
Comment ces critères influencent les choix des entreprises, aussi bien en termes d’image que de réduction des coûts énergétiques ?
La montée en puissance des bâtiments écologiques dans l’immobilier d’entreprise

Par ailleurs, l’organisation en mode « entreprise ouverte » s’est largement répandu et les entreprises intègrent dans leurs effectifs des travailleurs occasionnels tels que des indépendants, des sous-traitants, des co-traitants, pour répondre à leurs besoins en ressources. La gestion des espaces de travail doit ainsi relever plusieurs défis pour les entreprises, car cela modifie les dynamiques traditionnelles de travail et nécessite des adaptations constantes. L’intégration de salariés plus nomades et de ces ressources externes est un enjeu important dans le développement d’une marque employeur forte. Les personnes ne sont plus assises toute une journée derrière un poste de travail, mais amenées à collaborer que ce soit en présentiel ou en mode hybride. Les espaces doivent donc être conçus pour satisfaire les différents usages de manière instantanée et confortable, que ce soit pour les individus internes ou externes.
- L’efficacité énergétique : les bâtiments durables nécessitent d’intégrer des solutions énergétiques innovantes pour réduire leur consommation globale d’énergie. Ces solutions peuvent inclure des éclairages LED à faible consommation, des systèmes de gestion automatisée du chauffage, de la ventilation et de la climatisation (CVC) ainsi que des capteurs intelligents pour permettent une optimisation continue de l’énergie utilisée. D’autres solutions pour réduire la consommation globale de son bâtiment passent par une isolation renforcée qui limite les pertes de chaleur en hiver et maintient la fraîcheur en été, l’installation de panneaux solaires et autres technologies renouvelables, ou encore des toitures végétalisées et des façades bioclimatiques.
- L’utilisation de matériaux écologiques : En parallèle de solution énergétiques, on retrouve une volonté écologique dans le choix des matériaux utilisés. En effet, la construction durable privilégie des matériaux de construction respectueux de l’environnement, bas carbone et issu de sources renouvelables. Ces matériaux sont locaux et recyclables. Parmi eux, le bois certifié FSC ou PEFC, garantissant une gestion durable des forêts, le béton bas carbone qui réduit les émissions de CO2 lors de sa fabrication, ou encore les peintures et revêtements sans composés organiques volatils (COV), qui améliorent la qualité de l’air intérieur. D’autres innovations incluent les briques en terre crue, les isolants en chanvre ou en laine de mouton et les structures modulaires réutilisables pour minimiser les déchets de construction.
- La gestion optimisée des ressources : Un bâtiment durable intègre également des solutions intelligentes pour limiter le gaspillage des ressources naturelles. Par exemple, la récupération et le recyclage des eaux de pluie permettent d’alimenter les sanitaires ou l’arrosage des espaces verts. Certains bâtiments intègrent aussi des systèmes de traitement des eaux usées, limitant ainsi leur impact sur l’environnement. L’intégration d’énergies renouvelables est également un pilier fondamental : panneaux photovoltaïques, éoliennes urbaines, pompes à chaleur géothermiques et réseaux de chaleur alimentés par des sources propres. Cette approche permet de tendre vers une autonomie énergétique et de réduire la dépendance aux énergies fossiles.
- Des certifications environnementales : Plusieurs labels et certifications garantissent la qualité écologique des bâtiments. Parmi les plus reconnus on retrouve :
- LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) : Certification internationale qui évalue la performance environnementale globale du bâtiment.
- BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) :Référentiel britannique basé sur la durabilité des matériaux, l’efficacité énergétique et la gestion des ressources.
- WELL Building Standard : Certification axée sur le bien-être des occupants, incluant la qualité de l’air, l’éclairage naturel et l’acoustique.
- HQE (Haute Qualité Environnementale) : Label français qui valorise la performance énergétique et environnementale des bâtiments.
La réglementation et les incitations gouvernementales
De nombreux pays mettent en place des réglementations pour encourager l’adoption des bâtiments écologiques. En France, par exemple, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) impose de nouvelles normes en matière d’efficacité énergétique et de réduction des émissions de CO2 dans la construction neuve. Cette réglementation vise à améliorer la performance énergétique des bâtiments et à réduire leur empreinte carbone en favorisant l’utilisation de matériaux biosourcés et d’énergies renouvelables.
À titre de comparaison, l’Allemagne applique des normes strictes avec son programme KfW Efficiency House, qui encourage la rénovation énergétique des bâtiments grâce à des subventions et des prêts à taux réduits. Ce programme permet aux entreprises de bénéficier d’incitations financières significatives pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs locaux, favorisant ainsi une transition progressive vers un parc immobilier plus durable.
La croissance des bâtiments durables
Le secteur de l’immobilier durable connaît une forte expansion, stimulé par une demande accrue des entreprises et des investisseurs soucieux des enjeux environnementaux. Selon une étude du World Green Building Council, les bâtiments certifiés durables représentent une part croissante du marché immobilier. En 2022, près de 50 % des nouvelles constructions tertiaires en Europe intégraient des critères écologiques. Aux États-Unis, une analyse de Dodge Data & Analytics montre que les bâtiments écologiques permettent une réduction de 30 % des coûts énergétiques en moyenne.
En France, le marché est en pleine croissance avec une augmentation des investissements dans l’immobilier bas carbone. Des entreprises comme Altarea, renforcent leur engagement en acquérant des promoteurs spécialisés dans le développement durable, illustrant ainsi la montée en puissance du secteur. Par ailleurs, l’Observatoire de l’immobilier durable (OID) a été créé en 2012 pour mutualiser les données de consommation énergétique des bâtiments et mieux comprendre les déterminants de la performance énergétique. Depuis 2018, l’OID publie le Baromètre de l’Immobilier Responsable, évaluant le niveau d’avancement global du secteur de l’immobilier d’investissement sur ses enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
L’impact des bâtiments écologiques sur les décisions des entreprises : un critère clé pour l’image et la responsabilité sociétale

Les entreprises qui investissent dans des bâtiments écologiques envoient un message clair : elles se soucient de leur impact sur la planète et intègrent la durabilité dans leur stratégie à long terme. Cela est d’autant plus crucial à une époque où les consommateurs sont de plus en plus conscients des enjeux environnementaux. Une étude menée par Nielsen a révélé que 66 % des consommateurs sont prêts à dépenser davantage pour des produits et services provenant d’entreprises responsables sur le plan environnemental. Adopter un bâtiment écologique permet donc aux entreprises de renforcer leur image et d’améliorer leur stratégie de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). De nombreuses multinationales, comme Google ou Microsoft, investissent massivement dans des bureaux durables pour répondre aux attentes de leurs parties prenantes.
En 2021, Microsoft a inauguré le Microsoft Redmond Campus, s’étendant sur environ 72 hectares et dont l’architecture moderne s’axe sur la durabilité. Eco-conçu, ce campus est doté de bâtiments certifiés LEED Platinum, la plus haute certification pour l’efficacité énergétique et environnementale. Il intègre des technologies telles que des panneaux solaires, des systèmes de récupération d’eau de pluie et des espaces verts favorisant la biodiversité et l’absorption du dioxyde de carbone. L’objectif est de réduire de 50 % l’empreinte carbone de ses infrastructures. Le campus intègre également des technologies avancées pour optimiser la gestion énergétique, telles que des systèmes de surveillance et de contrôle des performances environnementales, permettant d’adapter en temps réel les consommations énergétiques et de maximiser l’efficacité des bâtiments.
Réduction des coûts opérationnels et retour sur investissement pour les entreprises
Les entreprises recherchent des économies sur leurs charges fixes, et l’optimisation énergétique des bâtiments joue un rôle central. En effet, ces bâtiments offrent un retour sur investissement tangible, notamment grâce à une réduction significative des coûts opérationnels à long terme. Le U.S. Green Building Council rapporte que les bâtiments certifiés LEED peuvent réaliser des économies d’énergie allant jusqu’à 30 % par rapport aux bâtiments conventionnels.
La société Unilever a réduit ses factures énergétiques de 25 % en investissant dans des bureaux HQE (Haute Qualité Environnementale) en France, avec une baisse significative de 40% des émissions de CO2.[5]
Impact sur l’attractivité et la rétention des talents
Au-delà des considérations économiques, les bâtiments écologiques jouent un rôle clé dans l’attractivité des entreprises, notamment pour les talents. Les employés, en particulier les générations Y et Z, sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux et préfèrent travailler dans des entreprises qui partagent leurs valeurs. Un environnement de travail sain et durable améliore la productivité et le bien-être des employés. Une étude publiée en 2014 par l’Institut de l’Environnement et l’Université Paris-Dauphine, a révélé que les employés des entreprises ayant mis en place des standards environnementaux affichaient une productivité moyenne par employé supérieure de 16 % à la moyenne. Par ailleurs, des recherches indiquent que les bureaux verts, caractérisés par l’utilisation de matériaux durables, une optimisation de l’éclairage naturel et une qualité de l’air intérieur améliorée, peuvent améliorer la productivité des employés. Par exemple, la présence de lumière naturelle a été associée à des niveaux de concentration plus élevés et à une diminution de la fatigue oculaire.

Un exemple frappant de cette tendance est Google, qui a investi dans des campus écologiques à travers le monde, favorisant l’innovation et attirant des talents de premier plan. Le Googleplex, le campus de Google en Californie, intègre des infrastructures écologiques comme des panneaux solaires, des jardins et des systèmes de gestion de l’énergie. Cet engagement en faveur de la durabilité a non seulement renforcé l’image de l’entreprise mais a aussi contribué à attirer les talents souhaitant travailler dans un environnement innovant et responsable.
Conclusion
Les bâtiments écologiques ne sont plus une option mais un impératif stratégique pour les entreprises. Leur adoption permet de répondre aux exigences réglementaires, de réduire les coûts, d’améliorer l’image de marque et d’attirer les talents. Face à une transition écologique inévitable, les entreprises qui investissent dans des infrastructures durables se positionnent comme des leaders responsables et compétitifs sur le marché de l’immobilier d’entreprise.
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Sources :
- Programme des Nations Unies pour l’Environnement, Rapport sur l’état mondial des bâtiments et de la construction
- Nielsen, « Global Consumers Seek Companies that Care About Environmental Issues »
- Entreprendre.Service-Public, Réduction de la consommation d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire
- Unilever, « Unilever’s Commitment to Sustainability »
- Journal of Organizational Behavior , « Standards environnementaux et productivité du travail : comprendre les mécanismes qui soutiennent le développement durable », l’Institut de l’Environnement et l’Université Paris-Dauphine
- Google, « Googleplex and Sustainable Design »