Open-space ? Non. Open-place !

opensignbyartur84L’open-space fait à nouveau couler de l’encre et des pixels dans l’actualité, portée notamment par des critiques sévères en provenance du monde anglo-saxon. Si la question de l’ouverture des espaces n’a jamais réellement quitté les débats depuis l’époque où l’image de rangées de bureaux anonymes terrorisait à juste titre les travailleurs, la mise en œuvre d’espaces paysagers prenant en compte les besoins des métiers et des individus semblait avoir pour partie apaisé les débats. L’émergence de nouvelles critiques, ou la résurgence de certaines plus anciennes, interpelle et oblige les professionnels de l’environnement de travail à penser une nouvelle fois aux meilleures réponses à apporter, non pour défendre l’open-space de manière dogmatique, mais bien pour penser les aménagements les plus performants.

Des critiques constructives

En vérité, il est tout à fait possible de partager certains combats, notamment celui mené contre la création systématique d’espaces ouverts sans étude préalable des profils métiers qui doivent les occuper. L’open-space ne peut être décrété d’autorité comme l’espace de travail idéal : quel intérêt de faire des économies sur les surfaces – bénéfice souvent attendu de l’espace ouvert – si c’est pour perdre plus encore sur la productivité et l’engagement des collaborateurs ? Le mètre carré le plus économique n’est pas nécessairement celui qu’on ne paie pas, mais bien celui qui est le mieux utilisé au regard des objectifs de l’entreprise !

Ce point est crucial car on prête en effet souvent au passage de l’entreprise en espaces ouverts des motifs purement financiers[1], sans prendre en compte les autres bénéfices attendus. Certes, le paramètre budgétaire, au regard du coût des loyers, est un facteur important dans la décision de modifier son environnement de travail, mais ouverture des espaces ne signifie pas nécessairement diminution de l’espace utile. On observe en effet que la réduction de l’espace individuel tend à être contrebalancée par l’accroissement significatif d’espaces partagés, en correspondance avec les nouveaux besoins des organisations : plus d’échanges et de collaboration, plus de flexibilité au regard du nomadisme grandissant des métiers[2], une meilleure diffusion de la culture d’entreprise, etc[3]. La recherche d’optimisation peut conduire à la réduction de la surface globale occupée, mais il ne s’agit pas temps de réduire que d’optimiser la ressource spatiale avec à la clé des bénéfices multiples, entre autres économiques. Les détracteurs de l’open-space et, il est vrai, certains décideurs, doivent donc se garder d’inverser les causes et les conséquences de l’ouverture des espaces.

Frise

Co-construire l’environnement de travail

Les bénéfices attendus de l’espace ouvert sont cependant eux-mêmes remis en cause par certaines critiques qui semblent pour autant relever moins de l’espace en lui-même que de la façon d’y vivre. On évoque principalement un contrôle social qui limite l’expression libre[4], ou encore le bruit et les interruptions qui gênent la concentration. Loin de nier ces problèmes, il est important de considérer les responsabilités et de trouver les solutions. De nouveaux environnements de travail induisent nécessairement de nouveaux comportements au travail. Une organisation qui entreprend de passer en espaces ouverts ne peut faire l’économie d’une démarche pédagogique à l’égard de ses collaborateurs pour accompagner ce changement et mettre en œuvre à la fois un certain nombre de bonnes pratiques et de règles de vie commune, notamment liées à la bonne utilisation des nouveaux espaces partagés, qu’il s’agissent de bulles téléphoniques, de salles-projets, d’espaces de détente ou autres. Cette pédagogie a d’autant plus de chances d’être efficace qu’elle est initiée très en amont auprès des collaborateurs afin, d’une part de nourrir le projet de leurs besoins, d’autre part d’expliquer le bénéfice personnel induit par la refonte de l’environnement de travail. Ainsi, si l’open-space facilite la communication, ce n’est pas seulement parce qu’il rend plus aisé l’interaction au poste de travail, mais bien aussi parce qu’il offre d’avantage d’espaces dédiés aux échanges de toute nature et une ouverture à de nouveaux modes de travail et de management.

Répondre aux besoins réels : l’Open-Place

Les espaces ouverts correspondent en effet à l’émergence d’organisations elles-mêmes plus ouvertes et internationales, travaillant en mode étendu voire virtuel (entreprises en réseau, machines virtuelles et clouding…[5]), dans lesquelles les liens hiérarchiques sont moins visibles et le sentiment de consécration lié à l’espace – voire au siège à haut dossier – tend à disparaître. Le « Directeur » n’est-il pas en voie de disparition au profit du « Manager », au sens coach et animateur de son équipe[6] ? Les organisations elles-mêmes évoluent vers une culture de réseaux pour offrir des produits et services qu’elles n’étaient pas en mesure de fournir à elles seules. On voit ainsi se développer des consortiums évolutifs, à durée limitée ou illimité, des modes de collaboration clients-fournisseurs, des partenariats, des parrainages de jeunes entreprises, etc. Dans ce contexte, l’environnement de travail doit devenir intelligent, modulable, collaboratif, capable de s’adapter à la vitesse exponentielle d’apparition des nouvelles technologies… en somme, devenir une « open place ».

Ainsi l’espace ouvert en lui-même ne peut être disqualifié comme source de performance pour l’entreprise. Fermés ou ouverts, les environnements de travail doivent avant tout répondre aux objectifs fixés par l’organisation et être mis en œuvre dans le cadre d’une démarche globale visant à en tirer tous les bénéfices attendus (humain, environnementaux et financiers) au regard des défis lancés par la modernité.

 



[1] Lire à ce sujet l’article « Formidable open-space… »

[2] Voir l’infographie « Qu’est-ce que le nomadisme? »

[3] Télécharger l’étude d’Orange Business Service: « Les nouveaux modes de travail à l’ère du digital »

[4] Lire à ce sujet l’article « Open space: comment il nous transforme »

[5] Cf. notre article « Le bureau de demain… dans les nuages? »

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