Nomadisme et lieux de travail

Les résultats d’une étude sur le « workshifting » ont été récemment publiés par la société Citrix. 1 100 responsables informatiques de grandes entreprises, dans onze pays, dont la France, ont été sollicités pour faire part de l’intérêt de leur société pour le développement du nomadisme. Les résultats se révèlent spectaculaires. Pas moins de 93% des organisations comptent, d’ici fin 2013, avoir mis à disposition de tout ou partie de leurs salariés les outils nécessaires à la pleine utilisation de leur environnement de travail quel que soit le lieu ou le moment choisis pour y accéder. Si les entreprises françaises accusent un léger retard, avec moins de 30% d’entre elles ayant mis en œuvre cette démarche facilitant le travail loin du poste, elles entendent le rattraper rapidement dans les 24 prochains mois. Les trois arguments-clés de cette stratégie sont, sans surprise, une rationalisation des coûts d’activité, une plus grande flexibilité pour les collaborateurs et une amélioration du support pour les activités nomades. Au rayon des bénéfices, on note qu’une part substantielle des sondés voient le développement des outils de la mobilité comme un argument pour attirer et retenir les jeunes talents. La suite de l’enquête s’attarde sur les avantages liés à la virtualisation des données, ce qui ramène aux activités de Citrix, son commanditaire.

Un risque pour l’entreprise?

Hors les avantages évoqués dans cette enquête, la mobilité accrue du travailleur, désirée par les entreprises, présente également un certain nombre d’inconvénients. La plus grande inquiétude des employeurs tient aux problèmes qui naîtraient d’une transmission déficiente de la culture d’entreprise. Loin de ses collègues et d’un lieu de vie où s’exprime l’appartenance à une entreprise, le travailleur nomade se trouve en effet déraciné, avec les risques de perdre la transmission d’un savoir-faire propre à son entreprise, d’être moins attaché et solidaire de son employeur, de perdre un niveau de communication – parfois riche d’enseignements ! – exprimé par les attitudes ou les digressions de ses interlocuteurs, enfin de rendre délicat l’exercice d’un management qui n’est plus en prise direct avec le collaborateur. Ces inquiétudes ne sont toutefois pas suffisantes pour ralentir la marche en avant de la mobilité des travailleurs, l’enquête dévoilée ci-dessus en étant une preuve parmi d’autres. Le sujet est d’autant plus d’actualité que le télétravail vient de faire l’objet d’une loi, en date du 29 février 2012, pour inscrire ses modalités dans le Code du travail, répondant ainsi à une demande pour favoriser la croissance de ce nouveau mode de travail (1).

 

Le travail à distance exige des espaces plus performants!

Télétravail, nomadisme… est-ce à dire que les immeubles de bureaux sont destinés à disparaître ? Certes pas, mais c’est bien leur aménagement qui est appelé à évoluer pour accompagner la mutation des modes de travail. Non seulement cela représente un défi technique à relever rapidement, mais les nouvelles stratégies immobilières offrent également l’opportunité de répondre aux inquiétudes que l’on vient d’évoquer. L’espace de travail se trouve mis au défi d’intégrer les technologies du travail à distance, de réinventer son organisation et de devenir un vecteur de communication pour ses visiteurs. S’agissant des technologies, le récent développement des outils de visioconférence et des technologies mobiles impacte directement la répartition des espaces en accroissant le besoin de lieux équipés pour les échanges à distance, mais crée également de nouveaux besoins relatifs à l’équipement du poste de travail. Ainsi, avec une téléphonie de plus en plus mobile, le téléphone fixe n’est plus forcément nécessaire, alors qu’une station d’accueil pour le portable ou un casque téléphonique peuvent offrir un confort complémentaire à l’utilisateur. La mobilité des collaborateurs se faisant également intra-muros, l’utilisation des outils de support doit pouvoir se faire en tout lieu, faisant par exemple disparaître du vocabulaire « l’imprimante du service ». S’agissant de l’organisation de l’espace, il se trouve naturellement être le corollaire de ces développements techniques, mais il répond également à l’évolution des modes et rapports de travail induits par le nomadisme des collaborateurs, en proposant des espaces spécialisés pour les activités non-réalisables à l’extérieur de l’entreprise, des lieux d’échanges formels et informels, etc.

Donner du sens aux lieux de travail

L’espace personnel, privatisé voire statutaire, perd sa justification et tend ainsi progressivement à disparaître. Là réside le nouveau défi de l’environnement de travail qui, pour être moins personnel, ne doit cependant pas être anonyme. La dé-privatisation du poste de travail, souvent vécu comme un « chez-soi » au cœur de l’entreprise, pose le risque d’une désimplication plus générale du salarié à l’égard de son entreprise. Ce désinvestissement peut et doit être combattu par un lieu de travail qui offre du sens et favorise l’appropriation de la culture d’entreprise par le collaborateur mobile. Lieux d’échanges avec les collègues donc, mais aussi exposition des actualités de l’entreprise, utilisation des codes graphiques institutionnels dans la décoration des espaces… les solutions ne manquent pas pour permettre aux nomades de régénérer leurs liens avec l’entreprise. Fidéliser ses ressources humaines s’érige ici en maître mot et l’aménagement des espaces a un rôle conséquent à y jouer ! A moins d’accepter le risque de voir le travail à distance se transformer peu à peu en prise de distance.

 

(1) Pour un tour d’horizon du télétravail en France, on consultera avec intérêt le rapport réalisé en 2009 par le Centre d’analyse stratégique.

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