Faut-il favoriser la sieste sur le lieu de travail?

La possibilité de permettre aux employés de faire une sieste sur leurs lieux de travail est encore un sujet tabou. Elle est pourtant reconnue et acceptée en Asie et, depuis quelques années, les sociétés anglo-saxonnes s’y sont mises. L’idée commence à faire son chemin en France, avec quelques tentatives de faire évoluer les mentalités [i]. Il n’est cependant pas toujours évident de discerner dans cette initiative ce qui relève d’une opération d’image corporate et du constat d’une meilleure productivité des salariés. Qu’en est-il réellement ?

Le principal avantage d’autoriser la sieste en journée est de compenser le manque de sommeil. En effet, si un débat existe sur le fameux « 8H par nuit » tant le besoin en sommeil semble pouvoir différer d’un individu à l’autre, il est scientifiquement prouvé que le manque de sommeil nuit, non pas à la capacité cognitive du sujet, mais à son attention [ii]. Le cerveau perd beaucoup plus rapidement sa capacité à se concentrer sur un travail, parfois même à l’insu du sujet qui peut se croire aussi alerte et attentif qu’habituellement. Il faut noter qu’il existe un lien entre cadences de travail étendues et troubles du sommeil, avec pour conséquence la création d’un cercle vicieux heures supplémentaires > manque de sommeil > perte de concentration > perte de productivité > heures supplémentaires… La sieste n’est donc plus à considérer comme un avantage offert au salarié, mais bien comme l’outil d’une meilleure performance de l’entreprise. Le bénéfice à retirer de ce temps de repos reste d’ailleurs valable pour des cas moins problématiques, tant il permet d’effacer un sentiment de fatigue pouvant intervenir au milieu d’une journée de travail et qui obère l’énergie du salarié. A long terme, ce remède naturel à la somnolence s’avère plus bénéfique pour les salariés qu’une surconsommation de caféine ou de stimulants.

Naturellement, il faut se prémunir des excès et on estime généralement qu’une sieste de 20 minutes suffit à régénérer les capacités de concentration du cerveau. Aux Etats-Unis, l’idée fait son chemin. Une étude menée par la National Sleep Foundation dévoile qu’un tiers des sondés ont l’autorisation de leur employeur de faire une sieste pendant la journée de travail et, dans 16% des cas, celui-ci a mis à leur disposition un espace dédié. Quelques précurseurs (comme MetroNaps) ont d’ailleurs déjà mis sur le marché des équipements spécifiquement dédiés à la sieste sur le lieu de travail et ont su se trouver une clientèle, par exemple chez Nike, Huffington Post, Cisco ou Google. Toutes ne s’en font pas l’écho, tant l’idée de dormir sur le lieu de travail conserve une image négative, tant du point de vue des employés, qui s’inquiètent de passer pour des tires-aux-flancs, que des employeurs, qui craignent une confusion avec l’idée d’employés exploités au point d’en être obligés de dormir sur place. La problématique d’image, en interne et en externe, vient donc freiner les évolutions, malgré les échos unanimement positifs émanant de ceux qui s’y sont essayés. Il faudra certainement encore du temps pour réaliser ce changement de culture, mais nul doute que les « nap rooms » ne feront que se multiplier dans les années à venir.

 


[i]  Voir l’article « Le tabou de la sieste en entreprise » sur le site de L’Express

[ii] Voir l’article « How much sleep do you really need to work productively? » sur le site LifeHacker

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