Conférence: « l’entreprise ouverte »

L’Institut Mines Télécom, Think Tank lancé un an plus tôt en partenariat avec diverses entreprises, organisait, le vendredi 15 juin, une conférence portant sur l’entreprise ouverte. Il y présentait les premiers résultats de ses travaux prospectifs s’agissant de la transformation numérique en cours et de ses impacts à 10 ans  sur la culture, les pratiques RH et managériales des entreprises. Ces travaux ont été réalisés en collaboration étroite avec de grandes entreprises partenaires souhaitant obtenir un retour de connaissance sur les mutations aujourd’hui en cours.

L’institut Mines Télécom ouvrait la conférence par un rappel de ses objectifs propres:

  • Mobiliser les expertises des chercheurs afin de faire évoluer les outils et concevoir des méthodes pédagogiques.
  • Travailler sur les leviers d’évolution et éclairer ainsi la stratégie des entreprises partenaires.

L’approche choisie consiste à faire émerger les questions et repérer les évolutions au moyen d’ateliers constitués d’experts de l’Institut et d’experts internes des entreprises partenaires, avec une grande diversité des métiers représentés (RH, R&D…). Cette démarche permet ainsi de dégager les contours de l’organisation de demain et les enjeux  de performance économique.

Tous s’accordent pour prédire que les développements futurs passent par la performance sociale et plus encore sociétale de l’entreprise. En effet, l’expérience démontre que les sources d’innovation proviennent généralement des usages de la société civile. L’innovation sociétale se trouve donc à la source de la performance de l’entreprise, notamment par l’apport de valeurs telles que celles du partage, de la solidarité, de l’intelligence collective, etc. Dès à présent, on remarque que les entreprises les plus innovantes recèlent une culture du partage, lié au net et au travail collaboratif. En conséquence, celles qui se fondent sur des valeurs différentes tendent à créer de nouvelles fonctions, telles que la direction de l’innovation, afin de compenser ce manque. Pour Sergio Barbarino (Procter & Gamble), à l’avenir, ce n’est pas la plus grande et la plus globale des entreprises qui sera nécessairement la plus innovante, mais bien celle qui sera la plus ouverte.

Par ailleurs, l’innovation sociétale et son corollaire, l’entreprise ouverte, renforcent le poids de certains besoins, comme la confiance et le respect, font apparaître de nouveaux outils (réseaux sociaux notamment), mais génèrent également un nouveau mode organisationnel au sein de l’entreprise, fondé sur la superposition de strates organisationnelles hiérarchiques et matricielles coexistantes. Dès lors, la forme du pouvoir du middle management se transforme également et le manager idéal devient moins un spécialiste qu’un généraliste  en charge d’animer l’activité de ses collaborateurs.

Pour les entreprises participant au Think Tank, cette évolution  s’avère déjà bien réelle et devrait perdurer. La problématique est dès lors plutôt à chercher dans la maturité de cette ouverture. Il lui faut en effet trouver un juste équilibre au regard de différents questionnements, notamment:

  • Le développement du projet collectif signifie également travailler davantage sur l’intégration des individualités.
  • La possibilité de générer de nouveaux ghettos au sein de l’entreprise entre les contributeurs aux réseaux internes d’une part et les non-contributeurs d’autre part.
  • La question des générations.
  • La porosité entre vie professionnelle et vie privée.
  • La sécurité des données et la question de l’éthique entourant l’utilisation des données personnelles.

Le thème, ainsi posé, a généré un large débat nourri par les retours d’expérience des intervenants. Ainsi, Stéphane Roussel, DRH de Vivendi, a souligne la nécessaire gestion des notions d’espace et d’espace-temps pour inscrire l’entreprise dans l’innovation sociétale. En effet, face à un cycle économique fondé sur une base annuelle, la recherche prospective nécessite une vision à long terme. De plus, l’entreprise ouverte nécessite une simplification du mode organisationnel: plus l’entreprise est ouverte et plus l’organisation doit être simple et sécurisée.

SFR, comme l’explique Pierre-Emmanuel Struyen, a fait le choix de « l’open innovation » depuis quelques années au travers de deux projets. D’abord via la prise de participations dans des startups innovantes : programme Jeune talents Startup, avec par exemple le développement d’une nouvelle niche  e-santé. Ensuite, en créant un réseau de contributeurs extérieurs connectés à des animateurs internes à l’entreprise pour développer des solutions innovantes. Naturellement, il a fallu pour cela se pencher sur les questions des modes de collaboration, des outils et des problèmes de confidentialité. Philippe Axus (BNP Paribas) a insisté sur le fait que « l’open innovation » doit être portée au top management mais que, bien que nécessaire, cette condition ne saurait être suffisante. Des relais dans l’entreprise ainsi que des outils et des modes de travail collaboratifs doivent également être mis en place.

Michel Bernard (Google) a souligné qu’aujourd’hui tout le monde crée du contenu et tout devient numérique naturellement. La loi de Moore (progression de la capacité de mémoire) et l’accès rapide aux réseaux facilite cette ambition. L’enjeu futur est d’intégrer que la valeur d’usage l’emporte sur les risques encourus et que les salariés, en tant que consommateurs, modifient les usages dans l’entreprise elle-même. C’est donc à celle-ci de prévoir l’intégration de ces modifications dans ses règles de fonctionnement. L’innovation aux mains des consommateurs? Procter & Gamble ne pense pas autrement et ce sont bien ces derniers qui orientent la recherche de valeur ajoutée sur les produits.  D’ailleurs, la R&D a pris l’appellation de Connect & Develop (C&D) et travaille en interaction continue avec son écosystème (universités, partenaires, panels clients…) pour le développement de ses produits.

Pour le Pr. Denis Lescop, l’entreprise ouverte n’est pas un concept nouveau. Ce qui l’est en revanche c’est l’incubation de petits acteurs en connexion permanente avec l’entreprise. Il faut donc développer la fibre entreprenariale, au sein des entreprises établies, mais également à l’extérieur (formation, aides états…), car, l’histoire l’a montré, ce sont les petites entreprises qui sont généralement les grands acteurs de l’innovation. L’initiative Bell Labs, chez  Alcatel Lucent, entend favoriser la prise d’initiative et l’entreprenariat des salariés au sein de la compagnie. Il s’agit de capter l’innovation des salariés puis de les aider à porter leur projet. Avantage supplémentaire : ce programme favorise également l’engagement et la fidélisation des salariés.

Au terme de ces riches échanges, l’auditeur attentif aura conclu qu’au-delà de la transformation numérique, on assiste à une mutation organisationnelle et sociale au sein de l’entreprise, son ouverture impliquant la démocratisation de l’innovation et une meilleure prise en compte des individus.

Le prochain thème porté par l’Institut Mines Télécom se penchera sur l’impact des nouvelles générations dans l’entreprise ouverte.

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